Certains faits tout le monde devrait savoir sur les tribunaux et les prisons de Thaïlande
Giles Ji Ungpakorn
La Thaïlande a la 17éme proportion la plus élevée dans le monde de citoyens en prison, avec 340 prisonniers pour 100.000 habitants. Cela se compare à 64 pour la Norvège et 94 pour la France.
1. Le système judiciaire de Thaïlande ne sert qu'à l'élite dominante et autoritaire. Cette dernière est protégée par une mesure draconienne, la loi « d'outrage au tribunal » qui, comme la lèse-majesté, empêche les citoyens ou les médias de critiquer les juges ou les jugements des tribunaux. Pour cette raison, il n'y a pas de transparence ou de responsabilité dans le système judiciaire. Il n'existe pas de système de jurés et la Thaïlande bloque les prisonniers politiques qui osent exprimer des opinions contre l’établissement.
2. Les juges, la police et les fonctionnaires des tribunaux traitent la majorité de la population avec mépris. Les pauvres sont généralement «coupables» avant le procès. Souvent, les juges ne s’embêtent pas à venir au tribunal et les accusés doivent parler au juge par le biais d'une télévision en circuit fermé. À de nombreuses reprises les juges parlent si bas que les défendeurs et les membres du public ne peuvent pas entendre ce qu'ils disent ou ce qu'ils ont décidé de l'affaire. Les prisonniers en attente de jugement sont souvent enfermés dans des fourgons de police subissant la chaleur du soleil pendant des heures. Les fonctionnaires de la Cour créent des obstacles à l'octroi d'une caution dans le but de forcer les gens pauvres à l'achat de coûteuses cautions commerciales mises en place par des entrepreneurs. Dans le cas de lèse-majesté, la population en général et les médias ne peuvent pas discuter de tous les cas ni en débattre car tout est secret.
3. La prémisse de base comme quoi les accusés sont innocents jusqu'à preuve du contraire n'est jamais appliquée dans la pratique, en dépit du fait qu’elle soit dans la Constitution. De nombreux accusés, en particulier dans les cas lèse-majesté, se voient refuser une caution avant le procès. Dans quelques cas, de simples accusations, comme celles come quoi les accusés auraient « vendu de la drogue », « chercheraient à renverser la monarchie » ou « seraient des terroristes » sont suffisantes pour des exécutions extrajudiciaires en masse.
4. Lors des procès, les accusés sont enchaînés et forcés de porter d’inhumains uniformes de détenus. C’est comme au Moyen-âge. Cela signifie qu'ils sont abusés avant l'issue du procès et doivent comparaître devant le tribunal en ressemblant à des «criminels». Il en résulte des erreurs judiciaires. Cela s'applique à de nombreux cas, y compris lors des procès pour les crimes de lèse-majesté. Lors des procès pour lèse-majesté, vous pouvez être reconnu coupable, même si ce que vous avez dit et écrit est vrai dans les faits.
5. Il n'y a pas de véritable débat dans la société thaïlandaise sur le rôle des prisons. Les détenus, qui sont reconnus coupables et emprisonnés, n'ont pas de droits de l'homme, et peu de gens s’en préoccupent. La raison principale de ceci est que la classe dirigeante thaïlandaise ne considère pas les gens ordinaires comme des « citoyens ayant des droits ». Ces derniers sont faits pour ramper devant les riches et les puissants et les prisonniers sont traités de façon encore pire. C’est pareil pour les travailleurs migrants des pays voisins.
6. Les conditions thaïlandaises de détention sont effroyables. Souvent les prisonniers sont enchaînés la nuit, 30 par cellules, sans lits. Les toilettes sont une honte, la nourriture est très mauvaise, il n'y a pas de bibliothèques appropriées ou des installations d'exercice et les gardiens de prison sont totalement corrompus. En bref, les prisonniers sont traités comme des animaux. Les prisonniers sont également envoyés travailler dans les rues de Bangkok, en creusant dans une boue immonde, à la main, à partir de tuyaux de drainage.
7. Les prisons thaïlandaises sont pleines de gens pauvres, principalement détenus pour des accusations liées au vol et la drogue. Il n'y a pas de discussions sur les causes de la criminalité ou sur la nécessité d’une politique pour la drogue, qui réduiraient les méfaits. Tous les crimes des riches et des puissants, des fils de politiciens corrompus et des généraux, restent impunis. Les politiciens et les militaires peuvent tout simplement massacrer des civils non armés en toute impunité. Ils ont fait cela en 1973, 1976, 1992, 2004 et 2010.
8. La répression dans le système judiciaire thaïlandais est totalement hors de proportion. On est condamné à quelques années de prison pour meurtre ou crime avec violence, tandis que les prisonniers pour lèse-majesté sont condamnés de 20 à 40 ans d’emprisonnement. Ceux qui commettent des assassinats en masse de manifestants et ceux qui organisent des coups d'Etats militaires sont récompensés.
C'est pourquoi les réformes politiques proposées par le Groupe Nitirat et celles proposées par tous ceux qui veulent abolir ou réformer la lèse-majesté sont si importantes aujourd'hui. C'est pourquoi l'ordre ancien, y compris le gouvernement Peua Thai, les militaires, et même la direction de l’UDD, sont donc opposés à tout changement. Ils se drapent dans le mensonge au sujet de la «réconciliation». Mais la «réconciliation» ne pourra commencer que lorsque les meurtriers de masse seront envoyés à un procès, les prisonniers politiques libérés et le système judiciaire réformé en profondeur.




